Une grande Palme d'or (Le ruban blanc)

Pour qui suit Haneke depuis ses débuts autrichiens (Ah, Le septième continent !), il est indéniable qu'avec Le ruban blanc il vient de signer son oeuvre la plus accomplie, la plus chargée de violence, aussi, alors que, paradoxalement, son goût de la provocation frontale (voir le premier Funny Games), qui le faisait rejeter par bon nombre de spectateurs, n'est pas présent dans ce dernier opus (pour une fois, ce terme galvaudé a toute sa raison d'être). Dommage d'ailleurs que certaines critiques, trop explicites, prétendent donner un mode d'emploi au film. Le mieux est de s'y immerger sans a priori, avec une faible connaissance du sujet (mais est-ce possible ?). Si on aime les références, le noir et blanc, sublime, du Ruban blanc, et sa description minutieuse d'évènements se déroulant dans un petit village, juste avant 14, peuvent faire penser, l'espace d'un instant, à deux autres chefs d'oeuvre du 7ème art : Le corbeau de Clouzot et Les désarrois de l'élève Toerless de Schlöndorff. La mise en scène, elle, est digne d'un Dreyer ou d'un Bergman. Mais laissons là les grands anciens, Le ruban blanc est un film unique et extraordinaire, de par ses qualités esthétiques et narratives. La tension ne fait que monter pendant 2 heures et 25 minutes, Haneke donnant à son film une densité, une intensité, bref une épaisseur à son récit qui est très rare au cinéma (plus facile à trouver chez les grands de la littérature). Son histoire, affûtée comme une lame, glace les sangs et est de celles qui marquent la mémoire des cinéphiles. Une palme d'or ? Mieux que cela, un très, très grand film qui laisse bouche bée.




Article ajouté le 2009-10-19 , consulté 32 fois

Commentaires


Mika le 22/10/2009 à 09:32:13
Chef d'oeuvre absolu !
ladypaname le 27/10/2009 à 23:18:47
J'ai vu le film cet après-midi.L'un des plus beaux,sinon le plus beau de 2009.Un film qui, plus que sur les racines du fascisme,est une réflexion sur le mal en nous.Le film est bien plus angoissant,finalement,que n'importe quel film fantastique.Si l'étude du comportement de tout un village peut effectivement faire penser au Corbeau,les gamins (quand ils sont en groupe)me font penser aux gosses flippants du "Village des Damnés"(celui des années 60,pas le remake).On avait d'ailleurs vu dans ce film une parabole sur le fascisme (d'autant plus que son auteur,Wolf Rilla,était d'origine allemande).Une dernière chose : même si ce village est protestant,c'est un peu réducteur de voir dans ce film une étude sur les dérives rigoristes d'un certin protestantisme.Le film vit plus loin que ça...
ladypaname le 27/10/2009 à 23:20:46
Petite rectification (puisqu'on ne peut pas modifier un commentaire déjà posté).Dans la dernière phrase,il fallait bien sûr comprendre "le film voit plus loin que ça".Mille excuses pour les autres fautes de frappe...
Catarina le 29/10/2009 à 15:53:22
Nous sommes encore sous le choc : pouvait-on imaginer chef-d'oeuvre plus accompli? Michael Haneke nous avait intrigués, désorientés, troublés parfois, mais là en plus, il nous a éblouis : cette peinture du mal et de ses racines est sublime, tant sur le fond que sur la forme, et la violence(verbale et morale) de certaines scènes presque insoutenable.
Et ce noir et blanc! Oui, on pense à Bergman, et c'est un bel hommage...Bravo, bravo, bravo !

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