Quand le Benelux était une dictature (Les assoiffées)

Ah, quelle belle chose que l'uchronie, ce genre littéraire qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Philip K. Dick l'a porté à son apogée avec Le maître du haut château, dans lequel allemands et japonais avaient gagné la deuxième guerre mondiale.
Malgré son point de départ, le Benelux devenu une dictature féministe depuis 1970, Les assoiffées n'appartient pas vraiment au genre fantastique. Bernard Quiriny dresse le tableau le plus réaliste qui soit, et le plus crédible, à partir du moment où l'on accepte d'imaginer ce monde improbable.
Deux récits cohabitent, alternent et se complètent dans le roman. D'abord, le journal d'une citoyenne lambda, repérée par la "Bergère" qui dirige l'empire et qui devient l'une de ses favorites. La description des allées du pouvoir, son côté grotesque et délirant est contre-balancée par la plume ultra classique de l'auteur qui rend quotidienne cette bouffonnerie absolue et en atténue la cruauté. C'est la partie la moins convaincante du livre.
En revanche, le compte-rendu du voyage de ces intellectuels français, persuadés d'être des privilégiés dans la découverte d'un eldorado unique au monde est jubilatoire au possible, bien que, là encore, Quiriny bride ses chevaux et préfère le sarcasme et l'ironie à la franche moquerie vis-à-vis de ces précieux ridicules roulés dans la farine et heureux de l'être. Impossible de ne pas penser à une certaine intelligentsia parisienne qui, pendant longtemps, considéra la Chine avec vénération.
Avec le portrait de cette sorte de Corée du Nord féministe jusqu'au bout des ongles qu'est devenu le Benelux, Quiriny livre un pamphlet efficace et riche en péripéties, qui ne connait que quelques baisses de tension. Reste au final une interrogation. Qu'a t'il voulu montrer au juste ? Que toutes les dictatures finissent dans le chaos ? Que l'aveuglement des élites intellectuelles pour un type de société "idéale" est risible ? En fait, on ne sait pas trop. Impeccable sur la forme, Les assoiffées est un livre qui laisse pensif quand à son fond. Un exercice de style, de haute tenue, mais pas plus. Ces limites ne sont-elles pas intrinsèques au genre de l'uchronie ? Oui, c'est probable.



11/10/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 9 autres membres