Un film catastrophe (Ouragan)
Un véritable film catastrophe. Vous savez, comme
dans 2012 ou Le jour d'après, ces fins du monde où l'homme devient un
loup pour l'homme parce qu'il n'est plus question que de survie au
milieu du chaos. Si Ouragan de Laurent Gaudé fait penser à un film
apocalyptique, c'est parce qu'il a faculté d'évoquer, par la plume, des
scènes qui prennent littéralement vie sous nos yeux. Une différence de
taille, tout de même, les blockbusters précités ne sont que du
divertissement conçu à grand coups de technologie numérique et de mise
en scène pyrotechnique, là ou l'écrivain n'utilise que les sentiments
humains et un style hors du commun, proche de la tradition orale noire,
"effets spéciaux" autrement plus efficaces que n'importe quelle
machinerie hollywoodienne à laquelle ne manque qu'une toute petite chose
: une âme. Le roman choral qu'a imaginé Gaudé lui permet
d'explorer toutes les facettes du comportement de cet animal que l'on
appelle l'homme, dans des situations extrêmes. Certains personnages
marquent davantage que d'autres, mais en croisant habilement leurs
destins, dans une Nouvelle-Orléans dévastée et sous les eaux, il
accentue encore les réactions paroxystiques et révèlent les vraies
natures des uns et des autres, entre le bien et le mal. Il y a quelque
chose de biblique dans ce déluge où la vie et la mort dansent une
sarabande effrénée, joue contre joue. Quand les digues cèdent, la
folie s'installe dans ce roman fiévreux et certains lecteurs
reprocheront peut-être à l'auteur d'en faire trop dans la description
éruptive de douleurs et de violences polyphoniques où chaque personnage
aura rendez-vous avec son destin. C'est oublier qu'on n'arrête pas un
fleuve en crue et que des volets fermés ne peuvent rien contre une
tornade. Et c'est bien de cela qu'il s'agit, d'un livre qui vous agrippe
dès ses premières lignes et ne vous lâche plus. Comme un ouragan.

