Combat à mort entre l'esprit et le corps (Elena et le roi détrôné)
Avant de commencer Elena et le roi détrôné, un
conseil : inspirez et expirez fortement, il faut du souffle pour lire ce
roman jusqu'au bout, avec son atmosphère raréfiée, à la fois
insoutenable et impossible à lâcher, tant il s'agrippe à vous comme une
vilaine teigne. Elena souffre de la maladie de Parkinson, elle ne
tremble pas, mais son corps lui échappe, fait sécession, ne répond plus
aux injonctions du cerveau. C'est un combat à mort entre l'esprit,
toujours vif, et le corps, inerte et quasi paralysé. Elena vit au rythme
de ses comprimés qui lui permettent, pour un temps précis, de se
déplacer avec difficulté et de se faire obéir de ses muscles
défaillants. Durant 170 pages, Claudia Pineiro raconte, sans rien cacher
de cette déchéance, le combat de cette femme qui s'est donnée pour
mission de prouver que sa fille n'est pas morte suicidée mais
assassinée. Reviennent alors des souvenirs d'avant, de cette relation
orageuse qui unissait ces deux femmes jusqu'aux temps de la maladie.
Elena doit marcher, prendre un train puis un taxi, retrouver une autre
personne qui, peut-être, pourra l'aider. Ce parcours dans Buenos Aires
est un chemin de croix, un effort surhumain, comme un dernier défi à
cette maladie, qu'Elena appelle la "Salope". Jamais, pourtant, le roman
n'est pathétique, il est épique, tragique, constellé de traits d'humour
incongrus et terribles et s'achève dans un duel cruel de mots entre deux
êtres aux antipodes. Elena, au bout de sa souffrance, et celle qui
peut, qui doit la sauver ... Entre elles, insensible au drame qui se
joue, un chat qui quémande des caresses. La dernière scène du livre est à
l'image du roman, tout entier, impitoyable, sépulcrale et, surtout,
inoubliable.

