De la pipe au casse-pipe (Indignation)

Le grand Philip Roth est de retour. Il délaisse pour un temps ses problèmes d'homme vieillissant à la prostate douloureuse et nous offre un roman plein de bruit, de fureur et ... d'indignation. Fulgurant, rageur et décapant. Un très bon Roth solidement ancré dans l'histoire de l'Amérique d'après-guerre.
Ce roman d'apprentissage est plutôt sadique pour Marcus, jeune homme très doué, sauf pour les relations humaines. D'avanies en désillusions, son parcours est marqué par l'incompréhension et la rébellion face à une société chrétienne, puritaine et normée. Dans sa description de l'Amérique de 1951, Roth capture à la perfection l'ambiance d'une époque, paranoïaque, où la guerre de Corée agit à la fois comme un exutoire et un épouvantail, synonyme de mort programmée pour une génération entière.
Marcus, lui-même, est un personnage fascinant, mais Roth trace d'autres portraits avec une précision clinique qui fait froid dans le dos. Le père, boucher casher, obsédé par la mort qu'il pressent imminente de son fils. Au passage, l'écrivain nous livre un saisissant tableau de la classe ouvrière et un documentaire sur le métier de la boucherie d'un invraisemblable tranchant. Autre personnage marquant : Olivia, l'impossible fiancée goy, aux tendances suicidaires, sorte d'ange de la damnation dont l'expertise ès-fellation va précipiter Marcus en enfer. De la pipe au casse-pipe (euh, désolé).
Philip Roth ne laisse pas respirer son héros un seul instant, le faisant dévaler les marches vers la destruction pas à pas, c'est en cela qu'il est sadique et sans pitié. Indignation est un roman magistral, sexe, morale et mort intimement liés pour composer un livre d'une effrayante noirceur. Sans espoir de rédemption.



25/10/2010
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