Moisson de vieux films (Novembre/1)


La patrouille de l'aube (The Dawn Patrol, Howard Hawks, 1930),
Premier parlant de Hawks, connu aussi sous le titre de Flight Commander, sur un sujet qu'il maîtrise parfaitement : la guerre de 14 et ses combats aériens. Plus précisément, la vie d'un petit commando chargé d'effectuer des reconnaissances au-dessus des lignes ennemies. Jeunes recrues, à peine formées contre pilotes expérimentés allemands : la lutte est inégale. Le scénario est un modèle du genre, du collectif, avec son esprit de groupe, les pertes de plus en plus lourdes, à l'individuel avec une dernière mission kamikaze. Les combats en plein ciel sont incroyablement filmés, surtout pour l'époque. Hawks n'en rajoute pas sur l'aspect patriotique. Un petit chef d'oeuvre pour les amateurs de cinéma américain classique jusqu'au bout des ailes.

Le moineau (Al-asfour, Youssef Chahine, 1972)
Que faisait et pensait le peuple égyptien, à la veille de la guerre des six jours, en 1967 ? Film touffu, choral, Le moineau est dans la continuité du cinéma de Chahine, qui crie autant son amour pour son pays qu'il condamne la corruption de ses plus hauts dirigeants. Très controversé à sa sortie, une habitude pour le cinéaste, le film connut une distribution erratique dans le monde arabe et interdit par Sadate. Tout son art, souvent déconcertant par ses ruptures de ton, y est concentré. Une pincée d'érotisme, une louche de politique, un soupçon d'humour, une cuillerée de drame et quelques chansons en guise de sauce pour napper le tout. Ca part un peu dans tous les sens, les personnages abondent : une couturière, un religieux, un journaliste, un policier et, avant tout, le peuple égyptien dans ses emballements, son ironie, son fatalisme. C'est un cinéma à la hauteur de son réalisateur, vivant, insolent, libre comme un oiseau.

La comédie du bonheur (Marcel L'Herbier, 1940)
Tourné dans les studios romains, bien que censé se passer à Nice. Un scénario à coucher dehors : l'histoire d'un évadé d'asile psychiatrique qui engage trois comédiens pour rendre heureux les locataires d'une pension de famille. Divertissement oh combien suranné qui passe à peu près la rampe grâce aux dialogues de Cocteau. Sans oublier Michel Simon, comme d'habitude, c'est à dire génial, bien secondé par les charmantes Jacqueline Delubac et Micheline Presle. On ne s'ennuie pas, c'est déjà ça.

Le combat dans l'île (Alain Cavalier, 1961)
Cinéaste à part, anti-conformiste, marginal même, dans le paysage français, Cavalier a débuté avec un film d'une audace folle. En 1961, il choisit pour héros un fanatique d'extrême droite et montre la mécanique d'attentats perpétrés à la manière de l'OAS. Il n'est pas étonnant que le film ait eu maille à partir avec la censure. Cavalier ne se livre pourtant pas à une démonstration, sa mise en scène est froide, clinique, sans concessions. Avec un incroyable savoir-faire, le cinéaste se permet d'insérer une histoire d'amour romantique à son propos politique. Une tragédie grecque moderne sublimée par l'interprétation : J.L Trintignant, glacial de bout en bout ; Romy Schneider, admirable en femme détruite. Un premier film passionnant, d'une beauté métallique.


En gagnant mon pain (V lyudyakh, Marc Donskoï, 1938)
Donskoï, réalisateur vedette des ciné-clubs dans les années 50, est depuis tombé en disgrâce et se voit désormais qualifié de cinéaste stalinien. Injuste, tout du moins en ce qui concerne le meilleur de son oeuvre, la trilogie qu'il a consacré à la jeunesse de Gorki, tournée en 1938 et 1939. En gagnant mon pain en est le deuxième volet et confirme la bonne impression laissée par L'enfance de Gorki, le film précédent. Ici, le futur écrivain, pré-adolescent, va d'un boulot précaire à un autre, explorant les bas fonds de la russie tsariste. Le garçon se forge le caractère, développe des amitiés avec des êtres frustes mais dignes et, surtout, est initié à la littérature : Pouchkine, Lermontov, Gogol, Dumas. Une belle chronique d'apprentissage, réaliste sans être sordide ni en aucun cas propagandiste. Juste un bon film. La trilogie s'achèvera l'année suivante avec Mes universités.





05/11/2010
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