Naruse, plus que jamais


Rêves de chaque nuit (Yogoto no yume, 1933)
Prodigieux film de la période muette de Naruse. Pas par son sujet, un mélodrame misérabiliste, où la femme (courageuse) travaille comme hôtesse pour subvenir aux besoins de sa petite famille, alors que son mari (couard) est incapable de trouver un travail et finit par se suicider. Le montage, le découpage et la mise en scène sont époustouflants. Ces zooms accélérés vers le visage de l'héroïne, ces travellings rapides dans les deux lieux principaux : le bar et l'appartement, donnent un dynamisme incroyable à ce film de 33, dont la technique est bien plus achevée que celle de bon nombre de films d'aujourd'hui.


Rapport sur la conduite du professeur Ishinaka (Ishinaka sensei gyojoki, 1950)
Trois courtes histoires, semblables à des nouvelles, qui se déroulent tout au nord du Japon, dans un environnement rural (superbes paysages). Le professeur Ishinaka, romancier à ses heures, n'est pas le héros mais un simple témoin des trois récits. Le ton est celui de la comédie sentimentale, qui verse parfois dans le burlesque, avec une tendresse et un optimisme assez rares chez Naruse. L'époque le veut ainsi, le Japon se reconstruit et regarde vers l'avenir. Dans ce registre inhabituel pour lui, le cinéaste fait des merveilles et ses portraits de jeunes filles directes et plus dégourdies que leurs prétendants sont d'une délectable malice. Dans un rôle de nigaud amoureux, on a la surprise de voir Toshiro Mifune, encore loin de son assurance virile. Si ce n'est pas le film le plus ambitieux de Mikio Naruse, c'est sans aucun doute, l'un des plus charmants et légers. Dieu que c'est bon !


Le chemin du drame (Shibaido, 1944)
En ces temps de guerre, Mikio Naruse choisit de filmer la vie d'un théâtre et de suivre l'itinéraire d'un jeune acteur un peu trop imbu de lui-même. Cet hymne à l'humilité et aux valeurs du travail est d'une sécheresse et d'un manque de créativité étonnants de la part du cinéaste. Sans doute l'époque n'est-elle pas à la gaieté, mais le film est plutôt soporifique, excepté deux ou trois belles scènes sur tatami. L'aspect patriotique, sous-jacent dans le scénario, n'a pas dû inspirer Naruse qui fait dire à l'un de ses personnages : "Les gens sont bien trop optimistes quant à l'issue de la guerre." En effet.





20/02/2011
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